PORTRAIT – Baptiste Vallée (Basilic & Co Nantes) : « Accepter les aléas de la création d’entreprise avec davantage de légèreté »

PORTRAIT – Baptiste Vallée (Basilic & Co Nantes) : « Accepter les aléas de la création d’entreprise avec davantage de légèreté »

 
A 30 ans, Baptiste Vallée est devenu le premier franchisé Basilic & Co. Après un parcours dans l’informatique et les fournitures de bureau, il a créé son entreprise en restauration, dans sa ville d’origine. Un coup de cœur pour l’enseigne, après une première déception dans le parcours d’intégration d’un autre réseau.

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Personnalité orientée tertiaire

Fils d’un chef d’entreprise dans l’industrie, Baptiste Vallée a depuis toujours eu envie de reproduire le modèle paternel, d’être à son compte. Dans un secteur qui lui correspondait.

« Mon père a fondé une entreprise de fabrication de prototypes pour l’automobile ou l’aéronautique. Il m’a toujours encouragé à suivre sa voie, et devenir indépendant m’attirait parce que je voulais utiliser mon énergie pour moi-même, plutôt que d’en céder les fruits à quelqu’un d’autre. Mon père voulait que je reprenne son entreprise.

Mais il était dans un secteur technique, et j’avais une personnalité qui s’épanouissait dans le secteur tertiaire, car j’aime le contact avec les gens. J’avais envie de transformer l’essai dans un autre milieu professionnel », souligne Baptiste Vallée, franchisé Basilic & Co de Nantes.

Rencontre régulière avec des entrepreneurs

Avec un Bac Pro Informatique, il intègre Darty, dans le service après-vente de la région Ouest.

« J’étais en direct au téléphone avec les clients de l’enseigne. Je leur négociais des échanges ou des accords avec les fournisseurs de matériel. Il me fallait aussi composer avec les différents services : technique, commercial… On m’a régulièrement proposé d’évoluer au sein de l’entreprise, jusqu’à ce qu’on me présente un poste à responsabilités à Troyes, dans l’est de la France. Mon refus a provoqué une cassure dans ma relation avec la hiérarchie.

J’ai préféré changer d’entreprise, et j’ai été engagé dans un magasin de fournitures de bureau, un réseau développé en franchise. Je pouvais allier mes compétences en informatique dans un cadre tertiaire. Je m’adressais à une clientèle professionnelle, avec des besoins conséquents et réguliers, ce qui a constitué une bonne expérience sur la fidélisation du consommateur.

Ces rencontres régulières avec des chefs d’entreprise ont attisé mon envie de passer moi-même à l’acte, alors que le franchisé voulait à terme me confier les clés du magasin en tant que directeur…», explique Baptiste Vallée.

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Première tentative de passage à l’acte infructueuse

Après avoir négocié une rupture conventionnelle, Baptiste Vallée décide de créer un magasin de fournitures de bureau chez le réseau d’entrepreneurs indépendants concurrent.

« J’ai mis six mois à trouver le local à Nantes, j’avais fait ma formation et signé mon contrat, lorsque je suis convoqué à Paris : on m’annonce que le réseau est mis en liquidation judiciaire. Un choc, même si aujourd’hui, avec le recul, je les remercie de m’avoir prévenu à temps.

Quant à la franchise que j’avais quitté, même si mon ancien patron avait vendu entre-temps son affaire et était passé au développement international de cette enseigne et avait vanté mes mérites, on ne m’a jamais pardonné d’avoir voulu intégrer le réseau concurrent», relève Baptiste Vallée.

Entrepreneur, un parcours semé d’embûches

Après une année d’efforts sur ce projet de création d’entreprise, Baptiste Vallée s’interroge sur son avenir.

« Est-ce que je repars comme salarié ? Si j’avais opté pour cette voie, je ne serai, je pense, jamais devenu entrepreneur… Des amis qui travaillent dans la restauration m’indiquent alors que ce secteur marche bien, qu’il est un peu épargné par la crise. J’aimais la cuisine, le contact avec la clientèle… Je me mets donc en quête d’un concept en franchise dans la restauration rapide.

Le système de franchise offre la formation et l’accompagnement pour se lancer seul, sans connaître le métier de l’activité choisie. Encore faut-il trouver un produit à vendre qui vous plaît ! Or, ce que je voyais sur le marché, comme les sandwicheries, ne m’attirait pas… Le client fait vivre le commerçant, tout entrepreneur se doit de lui offrir de la qualité.

En surfant sur les sites dédiés au recrutement de candidats, je découvre le concept Basilic & Co. J’ai un vrai coup de cœur pour la charte graphique, les produits, le respect de l’environnement… Devant mon écran, je me projette totalement aux commandes d’un restaurant Basilic & Co, avec ma fibre commerciale et mon rapport avenant avec les autres », se souvient Baptiste Vallée.

Naturel, échanges réseau et fonctionnement de l’unité-pilote

Plusieurs facteurs ont été déterminants pour le passage à l’acte de Baptiste Vallée.

« Tout d’abord, la rencontre avec Laurent Bassi, le fondateur de Basilic & Co : il me vendait ce qu’il avait dans les tripes, ce en quoi il croyait profondément. Son attitude naturelle a été convaincante. Ensuite, après tant de galères, il fallait que je m’engage sur un projet ou un autre. Et autant le faire en franchise, avec la force d’un réseau.

Un entrepreneur qui a beaucoup d’idées évoluera toujours moins vite qu’un franchisé, qui partage ce qu’il vit au quotidien dans son établissement avec ses confrères du réseau et peut leur faire anticiper les problématiques à venir à travers son expérience. Même quand le réseau n’en est qu’au démarrage. Rien que le fait d’échanger sur mon ressenti et ma capacité à appréhender ce métier nouveau avec Bernard Moulène, le franchisé de Valence, comme c’était le cas durant notre formation commune, m’a permis d’avancer dans mon projet, de croire en mon potentiel.

Enfin, lors de la journée découverte à l’unité-pilote de Romans-sur-Isère, j’ai constaté à quel point tout était cadré pour optimiser le fonctionnement du restaurant, jusqu’au professionnalisme des salariés », indique Baptiste Vallée.

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Le propriétaire du local convaincu par le concept

Baptiste Vallée se met alors en quête d’un local à Nantes, la ville où il a toujours souhaiter créer.

« Cinq rendez-vous ont été nécessaires pour convaincre le propriétaire d’un local situé en périmètre sauvegardé – à côté du château de Nantes -, qui était auparavant un magasin de décoration. La qualité des produits, la charte graphique et les éléments de protection de l’environnement ont séduit le bailleur. Il a ensuite fallu satisfaire l’administration pour répondre à une réglementation complexe. Face à ces difficultés, on est parfois tenté de se décourager, mais – presqu’heureusement ! – il est psychologiquement plus compliqué d’arrêter son projet entrepreneurial que de le poursuivre… Je me suis accroché, avec le soutien du franchiseur. J’avais déjà visité une dizaine de locaux…

Une fois le permis de construire enfin obtenu, les travaux se sont déroulés sans trop de surprises car j’ai confié leur réalisation à un maître d’œuvre – dont le coût était intégré dans le business plan -, qui avait de précédentes références réussies, dont un restaurant face à ma boutique.

Quant à l’étude de marché, je l’ai réalisée moi-même, même s’il m’a fallu un certain temps d’adaptation pour comprendre le maniement des chiffres et leurs conséquences sur mon exploitation. Cela m’a énormément servi face au banquier pour défendre ma demande de financement, car je savais de quoi je parlais et mon interlocuteur sentait que je maîtrisais mon projet, que j’en avais anticipé l’avenir. C’était d’autant plus déterminant dans le cas d’une jeune franchise qu’une banque possède peu de données réelles sur l’exploitation des points de vente du réseau », rappelle Baptiste Vallée.

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1er franchisé de l’enseigne, pour toujours

Le 13 mars 2014, Baptiste Vallée ouvre son restaurant Basilic & Co à Nantes et devient le premier franchisé de l’enseigne.

« La distance avec le franchiseur, basé près de Valence, n’existe quasiment pas. Notamment, en raison des nouvelles technologies, qui permettent d’échanger et de se comprendre quelle que soit la complexité du sujet. Par exemple, j’ai expliqué au franchiseur le fonctionnement de Nantes au niveau commercial tel que je l’avais perçu et je pouvais lui montrer via Google Maps les locaux que j’avais repérés. Cela leur permettait de mieux estimer si le déplacement pour valider l’emplacement valait le coup.

Par ailleurs, l’accompagnement du franchiseur facilite le lancement de l’affaire. J’ai été en formation durant trois semaines, en alternant théorie et pratique. Laurent Bassi était présent plusieurs jours avant et après l’ouverture du restaurant et mon assistant-manageur a été formé à l’unité-pilote de Romans-sur-Isère durant une semaine. Il y a tellement d’éléments techniques à assimiler lorsque l’on n’est pas du métier que l’on est obligé d’être assisté à ce moment crucial de la vie d’une entreprise. D’autant plus que, en parallèle, il faut être capable de manager trois personnes. Il reste que pour tout chef d’entreprise, c’est sa propre énergie qui est le moteur majeur de la réussite », remarque Baptiste Vallée.

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Une activité très physique

Après six mois d’exploitation, Baptiste Vallée se montrait plutôt satisfait de son activité.

« Le bilan est plutôt positif, même si toute affaire est aujourd’hui longue à démarrer, car les consommateurs mettent du temps à vous faire confiance. Je me rémunère déjà. Un établissement Basilic & Co est facile à gérer. On peut s’en détacher facilement, contrairement à un restaurant traditionnel, car les manuels de savoir-faire peuvent prendre le relais, évitant de s’attarder sur des explications avec ses équipes. Notre activité reste très physique, et garder le rythme après la coupure de l’après-midi n’est pas toujours évident.

Il y a parfois de bonnes surprises, comme le positionnement en zone touristique de mon emplacement qui a eu un effet extrêmement bénéfique sur mon chiffre d’affaires durant l’été. De plus, le franchiseur apporte régulièrement des nouveautés sur la carte des menus, ce qui aussi important pour la fidélisation de la clientèle que la motivation de ses équipes.

Au cours de la préparation de l’ouverture, je me suis beaucoup attardé sur la finition, je me suis parfois fait une montagne d’un détail. Or, il faut accepter les aléas de la création d’entreprise avec davantage de légèreté. L’important est d’avancer, le travail finit toujours par payer. Le seuil de rentabilité sur l’année ne s’atteint pas en quelques semaines. J’imagine déjà pouvoir me développer sur plusieurs restaurants, car il ne faut pas rester sur sa boutique, et chercher à diffuser le concept Basilic & Co sur un territoire que l’on maîtrise. Ma fierté personnelle est aussi de donner de l’emploi à des gens. On ne crée pas pour s’enrichir, mais pour la richesse dans la relation qu’offre l’entrepreneuriat », insiste Baptiste Vallée.

Test de la livraison à domicile

Depuis début décembre 2015, l’établissement Basilic&Co de Nantes teste avec succès la livraison à domicile. Pour développer ce complément d’affaires aux deux segments déjà exploités, Baptiste Vallée, s’est appuyé sur Deliveroo. Cette plate-forme en ligne met déjà en relation une sélection de restaurateurs et les consommateurs d’une quinzaine de grandes villes. Elle organise les livraisons à domicile par coursiers à vélo, conformément aux valeurs humaines, sociétales et environnementales défendues par Basilic & Co.

« Ce nouveau service me permet de toucher une nouvelle clientèle, pour laquelle il est plus facile de déclencher le premier acte d’achat et de la fidéliser, avec une extension de ma zone de chalandise réelle. Cet axe de développement est plus rapide que la vente à emporter et la consommation sur place, sans s’exercer à leurs dépens, avec une progression envisagée de 50% du chiffre d’affaires, voire davantage. D’autant que notre concept est construit pour suivre le volume de commandes tout en assurant la qualité artisanale des produits, ce qui n’a pas toujours été le cas pour nos concurrents sur la plate-forme. Le franchiseur avait tout prévu, avec la possibilité de produire jusqu’à 150 pizzas par heure ! Avec les enseignes internationales de pizzas, la livraison à domicile s’apparentait à du dépannage. Avec Basilic & Co, la donne est changée : le client peut s’offrir un repas qualitatif à un prix intéressant. De plus, ce complément d’affaires n’était pas inscrit dans mon prévisionnel. Je n’ai donc pas du tout la pression sur ce segment comme d’autres confrères, dont la livraison constitue plus de deux-tiers de leur chiffre d’affaires…

J’ai aussi tissé un relationnel avec les autres commerçants de mon quartier, notamment des salles de spectacle et des hôtels qui m’envoient des clients. Le bouche à oreille est ma première source de clientèle. Jusqu’à présent, je n’avais pas trop utilisé la communication locale afin de me concentrer à assurer une qualité de service irréprochable. Mais cette année, je passe à une étape supérieure, avec un package pour une campagne de publicité proposé par le franchiseur comprenant la distribution de flyers, des affiches en 4×3 et le digital à travers les réseaux sociaux », souligne Baptiste Vallée.

L’objectif d’un deuxième restaurant

Aujourd’hui, deux ans après l’ouverture de son restaurant, Baptiste Vallée dresse un bilan positif de son aventure entrepreneuriale.

« J’ai diminué ma présence dans l’opérationnel en restaurant afin d’être plus efficace sur le travail administratif et plus disponible pour effectuer des remplacements, notamment à la dernière minute. J’ai également organisé mon équipe pour la rendre plus autonome, en déléguant la responsabilité de l’établissement à un assistant-manageur. Cela me permet de songer à créer un second point de vente, qui s’appuierait sur la notoriété du restaurant originel.

En tant qu’entrepreneur, c’est aujourd’hui épanouissant de se retrouver dans un environnement de travail agréable, avec un emplacement vraiment top, un quartier qui bouge et des retours clients excellents… La polyvalence des postes au sein du restaurant permet d’en changer au gré de mes envies et d’éviter la routine dans ce qui reste avant tout un boulot physique. J’estime par ailleurs devoir accomplir les mêmes tâches que mes salariés, notamment les plus pénibles ou les plus dures au niveau physique telles que la plonge ou le nettoyage du sol et des toilettes. Se mettre à leur niveau, ne jamais se considérer sur un piédestal, c’est le meilleur moyen de se faire respecter dans son management. Cette organisation me donne plus de liberté dans mon emploi du temps, notamment pour ma fille, née au début de l’année », conclut Baptiste Vallée.